If it seems too good to be true, it probably is. Murphy's law

 33 ans [...]

Je n'ai jamais apprecié ce moment, où, tiré des bras langoureux de Morphée, mon oeil gauche ecarquillé combat mon oeil droit resté clos. Le sommeil est sans doute la plus belle chose, l'engourdissement des sens, s'éteindre un moment en s'étonnant qu'il puisse en être autrement. En cela, ma lutte occulaire me tiraille chaque matin, entre mes réincarnations nocturnes et vous. Mon échec réside ainsi en mon choix: à me lever, je rêvais de mourir.
Seulement, le combiné m'aida ce matin par la stridence de ses cris. J'ai laissé déroulé le répondeur, souriant à chacun des mots qui étalaient leur banalité, d'une monotonie qui je l'esperai rappelerai à mon interlocuteur quel être prosaïque je puis être. Malheureusement ça n'a pas découragé mon père en ce jour d'automne.

 33 ans [...]

Déjà 2h38 et je ne dors pas. Le sommeil me nargue, emplissant des cernes allant du jaune au violet. Je dois avoir l'air d'un orang-outan sur la fin, seulement l'air bien sur, je n'ai pas les avantages de la vie animale. Pas d'horaire, ils n'ont pas d'impératif et ils n'ont même pas besoin d'être fidèle. Vivre, boire, manger et puis baiser finalement, voilà ce que l'on aimerait nous autres, humains. Devenir escargot pour qu'il n'y ait plus de sexe déterminé, avoir des préliminaires de 30h, vivre dans l'action constante, sur ses gardes qu'une main ne nous enlève de notre crevasse, qu'un pied nous écrase au sol. La vie d'un gastéropode doit être si palpitante comparé à la mienne... Et ce foutu radio réveil insiste un peu trop sur ma rétine. Je crois que je lui plais, il me fait de l'oeil. Vous habitez chez votre table de nuit ? Vous savez que je vous ai longtemps regarder le matin, mais je n'osais vous parler, vous aviez l'air si froid mais si bruyant. Je suis déjà pris comme vous le voyez, mais je crois qu'elle ne soupçonnera rien. Avancez encore d'une minute pour m'avouer votre coeur brulant de sentiments à l'idée de passer une nuit dans mes bras... Je le savais, vous êtes fou de me dire qu'il est 2h46. Je peux vous appeler 2h46 ? J'avoue qu'à l'idée de mes doigts frolant vos circuits éléctrisés, je perd la raison. Le rugueux de vos soudures couplé à la douceur de vos circuits me font frémir. Je me l'étais jamais avoué, mais je suis circuitophile, quelque chose comme ça. Enfin, ce n'est que de la peau que je touche là, et ça fait trop peu son effet. A penser escargot, j'en deviens mou. Force toi mon vieux, le devoir conjugale, l'amour et le plaisir. Et ce radio réveil qui veut s'insérer de nouveau dans mes pensées. Va bruler sur un pylone éléctrique, produit de consommation.

Et c'est à ce moment que j'ai joui, remplissant le devoir conjugal, sa satisfaction, ma déculpabilisation, et mon quota d'heure de sommeil.

 firmament

Là. Nous sommes deux et je t'aime. Sur ce sofa, nous contemplons le silence agacé par nos yeux trop bavards. Mon regard s'échappe et s'évade vers les courbes de tes hanches et j'en perds le sens. Perdu au milieu de ton corps, naufragé volontaire, je m'abime dans tes abîmes. J'aurais tant aimé te haïr, mais je n'ai su que t'aimer.
J'aurais voulu nous quitter ici pour te prendre là-bas, loin, au fond des choses. Nous abandonner pour t'embrasser sur une plage enneigée et faire battre ton coeur pour des instants meilleurs. J'aurais voulu te haïr pour ne pas être ici, si seul de toi.
Je ne veux déserter ton coeur mais tu le sais. Je voulais que nous soyons heureux, que nous soyons autres, mais je ne peux. Tes lèvres posées sur ma peau n'y changeront rien. Je nous aime et je m'effondre.
J'aurais souhaité que tu ne repondes pas, mais tes yeux embués m'assaillent. Tu es si belle. Prends soin de nous ici, notre vie me survivra. Oublie les maux, ne garde que les mots. Je dois partir et je t'aime tellement.
Je m'évapore vers le firmament.

 libération cérébrale

Plus je pense, et moins je suis. Vivre ne me tue pas, je me suis trompé, ce sont mes pensées qui m'assassinent.

Ils m'ont appelé un mardi. Je n'avais pas très bien saisi le sens de ces mots si matinaux. Liberté, instinct, nature, me traversèrent l'esprit. Etait-ce la seule chose à faire ? Non, mais en chercher une autre aurait empiré la situation. La solution matérielle résoudra mon problème spirituel. Je ne serais plus. De mon corps se sera échapper le mal qui me ronge de manière chirurgicale. Le scalpel me libèrera, la liberté sera sans mon scalpe. J'ai accepter lachement et ? Dois-je souffrir plus longtemps pour trouver une solution psychologique ? J'ai pris ma décision: ce corps étranger sera enlevé de mon corps si étrange. Je ne survivrais peut-être pas. Mort, mais libre de la grisaille de la matière qui envahit mon corps. Il est devenu celui qui commande mes mouvements, mes émotions, ma vie. Je ne veux plus de lui depuis que je ne le contrôle plus.

Voilà. Je ne suis plus. Je ne pense plus. L'ablation de mon cerveau s'est déroulée avec succès.