Mes doigts sont fourbus, d'inactivité en inactivité, les courbatures cérébrales à chaque mot écrit me pèsent. Frénétiquement mes phalanges se déplacent, tentent, puis se résignent à recopier les dernières pensées qui passent et trépassent aussi vite. Un vide violent, qui n'est qu'un reste d'un coma, cingle mon être de toutes parts. Tu étais là mais je ne l'étais déjà plus.
J'ai été usé par les pleurs, usé par le silence, usé par mon apathie ponctuée de réconfort naïf. Vidé de mon essence, ces mots résonnent dans ma tête, ce qui doit être une preuve du néant qui m'habite. Je vis de rien, éreinté par toutes choses, mon existence épuisée davantage. Deux doigts me narguent sous l'oreiller, puis ils s'envolent en fumée comme deux étiquettes d'oreiller. Mes bras ne rencontrent que l'aboulie de mon traversin et mes pieds restent froids. Je suis seul.
Jeune, j'étais correct en natation, mais 7 mois d'apnée devaient être ma limite. Sous l'eau, rien ne bouge, les formes floues traversent l'étendue, mais ce n'est pas ça. Immergé j'ai vidé tout l'air qu'il me restait, prenant celui que tu me donnais, et maintenant seul, je suffoque. Je me suis oublié et t'ai fait proie de mon attention et seul je ne fais plus attention à rien. Maintenant, je n'existe plus, j'étouffe de mal-être dans un corps vide, incapable de penser, de réfléchir, de se poser. Incapable de prendre le temps, de vivre, de savoir, anesthésié par l'herbe catalyseur de mon état, extenué de tendre la main. Je ne suis pas mort, je suis bien vivant, plus que jamais, mais défait.