Me pedibus delectat claudere verba. Horace

 je suis né

J'ai fait le tour de ma mort et j'ai conclut: je suis vivant. Du moins, je crois. Je balbutie quelques sourires parfois, bafouille des rires et je me surprend à ne pas penser. Ma misanthropie ne s'attenue pas, mais ma totale desillusion et mon nihilisme m'aident à vous voir. Je n'espère plus esperer, je vis. Ici, qu'importe demain.

 don juan factice

Je ne suis pas de ceux,
auquel elles ont succombé,
qu'elles ont regardé dans les yeux
pour se voir tombé.
Je ne suis non plus,
séducteur de ces dames,
auquel j'ai toujours plu
au détour d'une phrase.

Je suis bien trop de ceux,
auquel elles ont parlé,
qu'elles ont regardé dans les yeux
pour se voir pleuré.
Je suis bien trop,
oreille des femmes,
auquel j'ecoute les maux
au détour d'une larme.

 tec

Je n'ai senti qu'elle, froleuse, passant pour s'asseoir plus loin, là-bas, à seulement quelques mètres. Regard fuyant, je la considère d'un oeil puis je m'esquive. Je la sens, elle me dévisage. Fixé. Mes yeux se perdent alors dans les siens, quelques secondes d'éternité, puis elle s'échappe par la fenêtre. Je m'égare dans le vide avant de plonger dans ses yeux qui se sont arrêtés sur les miens de nouveau. Elle m'aspire. Je nage dans son azur puis je m'enfuis. Jeu de regards, de va-et-vient optique. Je la quitte quand elle me rejoint, elle s'absente quand je la poursuis.
Seulement, le temps ne s'est pas arreté, je dois partir. Je me lève, et quitte notre aire de jeu l'air de rien. Elle reste immobile, là sur ce siège. Esseulé, je me retourne, mais voilà, dans la vie, les jolies filles ne descendent pas des bus pour continuer la partie.

 dialogue journalier

Bonjour.

Je ne t'aime pas. A vrai dire, toi non plus. Qui aime ? Sans doute pas nous. Content de t'avoir connu. Viens, et puis non. Je ne t'aime pas. Comment ? Je ne te comprend pas. A vrai dire, toi non plus. Et puis, à quoi bon ? Demain, je t'aurai connu. Il est demain tous les jours. La vie est une succession de demain mais je ne sais vivre qu'aujourd'hui. Tant pis.

Bonjour.

Toujours là ? Ah non, tu es un autre. Autre, mais si même. Je n'aime plus tu sais ? Ce n'est peut-être pas ta faute, demain arrive trop vite. Tu fuis vers lui si précipitament. Que veux-tu ? Je n'ai qu'une journée à t'apporter.

Bonjour.

Encore. J'espère que tu resteras demain toi. Oui ? Ils disent tous ça tu sais. Je ne t'en veux pas. Je le dis moi-même et j'en ris. J'aimerai t'aimer mais chaque matin tu me tranches davantage le coeur. En attendant, va-t-en, le soleil se lève.

Bonjour.

Si seul entouré de toi. J'ai toujours cru en l'infini, mais je ne tiens qu'une journée. Chaque jour j'espère que tu restes davantage. Et je souffre de mon attachement, de mon détachement. Alors, j'oublie et je vis ce jour. Si seul de nous.

Bonjour...

 ...

Longtemps elle m'a terrifié,
avançant dans mes songes.
Mon âme n'a plus peur aujourd'hui
où mon coeur a été si hanté.
Rien, jamais plus elle ne me ronge
Trop triste, je lui souris.

 douce mort

Il y a de douces morts
qui viennent vous cueillir
et qui vous emmènent alors
loin d'où je ne veux revenir.

Le temps de mon décès factice,
je m'évade dans mes rêveries
où la vie parait si lisse
et mes cauchemards endormies.

Seulement, réssuscité chaque fois,
tendre torpeur coupée par ce reveil,
pour vivre si près de toi,
où je n'attends que le sommeil.

 alcool solitaire

Je veux vivre, ou mourir, qu'importe l'état. Heureux, voilà tout. Je bois pour oublier. Quoi ? Je ne sais, j'ai oublié, mais je bois, encore, et toujours. Alors quoi ? J'engloutis mes problèmes dans chaque gorgée, et puis enfin, je ris. Je ris de moi, de mes dires. Pathétique que je suis, à boire ainsi. Rire. Cela m'arrive si peu souvent. De ci, de là, j'aimerai pleurer d'avoir ri, d'avoir vécu. Je suis si perdu et voilà que mes yeux s'imbibent de larmes mais elles ne coulent plus. Je ne pleure plus depuis si longtemps. Trop longtemps. Merde. Je veux tellement pleurer. Me libérer d'elles et de tout cela. Ce serait trop simple alors elles s'assèchent et je reste dans mon desarroi. C'est si dur d'être humain. Je veux mourir pour ne plus vivre, vivre cela. J'attends l'amour ou la mort comme remède, et j'espère.

Laissez-moi pleurer.

 vagabond

Je marche dans vos traces
pour ne pas me perdre,
mais si je ne trouve ma place
et que je refuse votre aide
c'est que je veux être un marginal,
vivant du vent et de la pluie,
mourrant chaque soir à la belle étoile
tout au long de sa vie.

Je marche dans vos traces
pour ne pas me perdre,
mais si je me lasse
et que jamais je ne cède
c'est que je veux vivre de bohême,
marchant le long des sentiers
la tête vide de problèmes,
le coeur plein de gaieté.

 20h32

Il m'arrive de tutoyer le bonheur
quand vos parfums fleuris m'enivrent
et que sur votre épaule ruissellent mes pleurs,
ceux même qui m'apprennent tant à vivre.

Si je respire, ce n'est que pour vos hanches,
celles qui me hantent quand elles se dévoilent
et me font entrevoir cette peau blanche
où s'oublie tout mon mal.

Seulement un soir de printemps fané,
vous m'avez oublié à jamais, il était 20h32,
ainsi j'ai décidé de vous quitter,
pour être sur de mourir heureux.

 je me sens arbre

Autrefois quand on avait un secret qu'on ne voulait confier à personne, on allait sur la montagne, creuser un trou dans le creux d'un arbre, pour y chuchoter son secret. Puis on rebouchait le trou avec de la terre. Alors le secret était bien gardé pour l'éternité...

Je suis mort un soir d'automne, poignardé par une amazone. Décédé, mais aujourd'hui je découvre une vie à travers vos yeux. Vous ressemblez tant à celle qui m'a stoppé, ironie du sort.
Pour vous, je suis devenu quelqu'un, et j'y crois malheureusement. Vos mots m'insufflent le feu qui s'est éteint. Confident de vos états d'âme, je suis touché. Moi, le mort, j'étreins un sentiment pour vous. Je ne sais si je dois vous remercier ou vous fuir, alors je me contente d'être lunatique à la vie, mort et vivant.

Je suis devenu votre cavité où vous chuchotez vos maux. Pour le moment, merci.

 Mémoires d'un fou

Quelle est donc cette pensée qui m'amène maintenant, à l'âge où tout le monde sourit, se trouve heureux, où l'on se marie, où l'on aime ; à l'âge où tant d'autres s'enivrent de toutes les amours et de toutes les gloires, alors que tant de lumières brillent et que les verres sont remplis au festin, à me trouver seul et nu, froid à toute inspiration, à toute poésie, me sentant mourir et riant cruellement de ma lente agonie, comme cet épicurien qui se fit ouvrir les veines, se baigna dans un bain parfumé et mourut en riant, comme un homme qui sort ivre d'une orgie qui l'a fatigué ?
Ô comme elle fut longue cette pensée ; comme une hydre, elle me dévora sous toutes ses faces. Pensée de deuil et d'amertume, pensée de bouffon qui pleure, pensée de philosophe qui médite...
Oh ! oui ! combien d'heures se sont écoulées dans ma vie, longues et monotones, à penser, à douter ! Combien de journées d'hiver, la tête baissée devant mes tisons blanchis aux pâles reflets du soleil couchant; combien de soirées d'été, par les champs, au crépuscule, à regarder les nuages s'enfuir et se déployer, les blés se plier sous la brise, entendre les bois frémir et écouter la nature qui soupire dans les nuits !

Gustave Flaubert - Mémoires d'un fou

 firmament

Là. Nous sommes deux et je t'aime. Sur ce sofa, nous contemplons le silence agacé par nos yeux trop bavards. Mon regard s'échappe et s'évade vers les courbes de tes hanches et j'en perds le sens. Perdu au milieu de ton corps, naufragé volontaire, je m'abime dans tes abîmes. J'aurais tant aimé te haïr, mais je n'ai su que t'aimer.
J'aurais voulu nous quitter ici pour te prendre là-bas, loin, au fond des choses. Nous abandonner pour t'embrasser sur une plage enneigée et faire battre ton coeur pour des instants meilleurs. J'aurais voulu te haïr pour ne pas être ici, si seul de toi.
Je ne veux déserter ton coeur mais tu le sais. Je voulais que nous soyons heureux, que nous soyons autres, mais je ne peux. Tes lèvres posées sur ma peau n'y changeront rien. Je nous aime et je m'effondre.
J'aurais souhaité que tu ne repondes pas, mais tes yeux embués m'assaillent. Tu es si belle. Prends soin de nous ici, notre vie me survivra. Oublie les maux, ne garde que les mots. Je dois partir et je t'aime tellement.
Je m'évapore vers le firmament.

 Renouveau

Voilà donc venu le nouveau blog, avec au programme: ajout de rubriques, d'un classement par date et d'une recherche plus complète.
Le design a été refait complétement pour une meilleure lisibilité, ce qui laissait un peu à désirer sur l'ancien.

Bonne lecture...