Chaque jour, vous m'empoisonnez d'un mal insidieux. Je m'imbibe de vos êtres, je suffoque sous vos haines. Je n'ai jamais décidé de vos vies et vous avez envahi la mienne. Je suis devenu un de vos autres, ceux que je deteste. Vos mots se sont infiltrés, je ne suis plus moi-même.
Je vous ai contracté tel un virus et j'ai voulu être différent, trouver l'antidote, mais j'ai l'âme liée, astreinte à vos sentiments. Je vous hais, je me hais et je ne suis plus, plus qu'un reflet de vous. Vous, vous qui m'avez innoculé votre culture égocentrique, matérialiste et sociétal, qui m'avez imposé votre moral, votre point de vue et votre confort. Vous m'avez dépouillé de ma liberté dès lors que j'ai ouvert ces foutus yeux. Je reste enchainé à ma culture, enraciné dans vos vies, contaminé par vos mots. Nul vaccin contre le monde extérieur, trop dépendant de celui-ci, pas d'abjure possible. Le sérum que je cherche n'existe que dans le sommeil, celui qu'on ne vit pas.

Laissez-moi, ou ne me laissez pas. Vous êtes omniscient, omniprésent, omnipotent et je ne suis qu'un de vous.

Alienez-moi.