Genus irratibile vatum. Horace

 eux

Cela commence par une contraction de zygomatiques au détour d'une conversation. Muscles de mauvaise augure. Comme un condamné attendant son bourreau pour sa sentence, je laisse les phrases s'écouler, ponctuées de leurs sourires maladifs. Je sens le flot de leurs mots en moi, coulant dans chacune de mes pensées, sans sérum pour les éviter. Je les entends du haut de leurs dents blanches et de leurs phrasés impeccables. Je les entends me vomir leur honteux bonheur.

Je m'entends surtout souffrir de leur joie et profiter de ma peine. Leur vie me rappelle trop la mienne, celle que je n'ai pas.

 spleen du rail bis

Encore un train. Je suis un tzigane ferrovier. J'habite Paris, Liège, Alençon, l'Inter-city 19967 et le TGV 7049. Je suis sans domicile fixe, mais pas par défaut, par overdose d'habitat. Je dois partir.

Je savoure l'exquise souffrance de la solitude gitane. Je m'abandonne, devenant seul sans moi. Je suis masochiste de la vie, bourreau de la mienne. Je dois partir.

Je vois net dans mon jeu. Je me détruis pour apprécier les réparations. Ma vie sonne faux autant que les pensées qui m'obsèdent. Je dois partir.

Je suis malade. Je panse mes pensées, mais je ne me survivrai pas. Oubliez-moi, je pars.

 Plaisir d'orient

Je suis lâche. J'ai craqué pour elle à la tombée de la nuit. Je l'ai trop vite embrassé, mes lèvres se posant sur son corps encore froid et humide. Elle résoudra tous mes problèmes, l'ivresse des premières heures m'en avait convaincu. Je buvais ses paroles mais mon ardeur l'épuisait. Je l'embrassais encore et encore, comme hypnotisé par ses lignes courbes, son teint rougi et sa raideur naturelle. Autant de baiser où s'échangeaient nos salives, que de gorgées de plaisir où je m'oubliais. Elle m'avait enivré par ses charmes orientaux, son parfum de litchi, sa saveur sucrée. Saoul d'allegresse, je n'étais plus moi.

Ils revinrent, elle partit. Mes problèmes guettaient tandis qu'elle s'épuisait. Ils sont entrés brusquement dans mon esprit comme autant de lames acérées, me transperçant ça et là. La gaieté me quitta bientôt comme elle. La mélancolie me revint bientôt comme eux. J'ai perdu la saveur de sa liqueur et retrouvé celle de la souffrance. Tout bascula. J'étais de nouveau seul, sevré de ma drogue. L'euphorie s'est éteinte, mais pas moi, je suis toujours là. Tristement sobre, j'étais moi.

 Ladies and gentlemen

All I want in life's a little bit of love
To take the pain away
Getting strong today
A giant step each day
Wise men say
Only fools rush in
Only fools rush in
But i, I can't help
I can't help falling
Falling in love with you

I will love you till I die
And I will love you all the time
So please put your sweet hand in mine
And float in space and drift in time

All my time until I die,
We'll float in space just you and i
And I will love you till I die
And I will love you all the time
So please put your sweet hand in mine
We'll float in space just you and i

Wise men say
Only fools rush in
But I can't help
Falling in love with you

Spiritualized - Ladies and gentlemen we are floating in space

 Pensées ferroviaires

J'écris de plus en plus mais votre lecture m'oblige à en dire de moins en moins.

"Ladies and gentlemen we are floating in space" annonce Spiritualized, mais moi je reste là et las, hélas.

Les hippies sont "Peace & love", les punks pensent "No future", les rockeurs vivent le "Sex drugs & rock'n roll".
Je me sens punk-rocker bariolé.

 Identité

Je vous ai menti. Je suis un imposteur.

Je vais bien. Pour être tout à fait honnête, je m'invente des problèmes pour mieux ne pas les résoudre. Ecrire l'allegresse est plus morne qu'écrire la tristesse. Je culpabilise d'avoir une vie si parfaite alors je me fais jeune homme dérangé. Je suis lucide, je sais, ce n'est pas crédible. Que voulez-vous, je suis un bien piêtre écrivain.
J'exagère un personnage caricatural à tendance dépressive tandis que tout lui souris. Un personnage qui pense au passé, s'apitoie au présent, pleure au futur. Un personnage qui espère qu'écrire ses pensées les feront partir.

Je vous ai encore menti. Je suis ce personnage.

 La fatigue m'éveille

Mes yeux se ferment en même temp que mon coeur. Je ne serai jamais heureux car tenter de l'être m'épuise. Quand mon corps est exténué, mon bonheur est atténué. J'ai attrapé le bonheur, je l'ai laché par fatigue.

Cette fatigue m'empêche de dormir, elle réveille mon esprit. J'écris fatigué, mon cerveau s'en nourrit. Certains badtrip sous alcool, moi c'est sous fatigue. C'est plus sain mais plus fréquent.

Je veux dormir.
Tout ira mieux demain.