Je me fixe dans la vitre. Je ne bouge pas et le monde se présentant derrière file et défile. Je devrais peut-être le suivre, franchir la vitre, briser la glace, me saisir du marteau de secours, crier que ma place est à quai, que je veux filer moi aussi.
Je reste là, vissé sur mon siège, attendant, toujours attendre, l'attente perpetuelle sans objet. Ma vie est une succession de train. Monter dans un train, attendre le suivant, monter dans un train, attendre le suivant. Ma patience attend, mon attente patiente. Être assis, contempler mon reflet dans une vitre ayant plus vécu que moi-même, admirer le flot incessant de voitures grises passées et repassées sous mes rétines, négativer sur le monde qui nous entoure, penser à un monde meilleur sans pouvoir l'imaginer, résoudre d'insoluble problème. Les évenements passent, la monotonie reste. Le train arrive à quai et déjà le suivant m'aspire.
Je devrais peut-être refuser de prendre le prochain train, ne plus l'attendre, quitter le circuit ferrovier pour marcher le long des rails, que ce soit moi que l'on voit derrière son reflet. Ne plus attendre de train me menant plus profond vers l'inconnu. Tenter de vivre dans le paysage qui défilait il y a peu sous mes pupilles dilatées, parmis les voitures vertes et les plantes grises. Oublier le monde pour vivre dedans.
Je reste là, vissé sur mon siège, attendant toujours attendre, l'attente perpetuelle sans objet.