Beati pauperes spiritu.

 si précieuse

J'ai toujours su que je ne la reverrais pas. Elle était trop belle, trop parfaite pour hanter mon esprit. Elle était là, coincée dans mon hémisphère gauche, à me donner de l'espoir. Puis, un matin, elle s'est enfuie sans même que je puisse lui parler. Elle avait claqué la porte de ma vie, emportant avec elle les clés, oubliant de laisser une adresse. Ce matin, mon âme est devenu SDF. Je suis devenu un jeune homme dérangé en deuil de son image.
Elle n'est plus. De mon cerveau s'est effacé son existence si existencielle. Elle s'est dissipé de mon esprit. L'espoir fait vivre mais je n'ai que le desespoir de vivre sa mort. Jamais plus je ne la retrouverais, elle s'en est allée coloniser une autre conscience plus chanceuse. Je l'ai oublié, je m'en veux.
Je l'aimais, mais elle n'en avait que faire. Je n'ai pas su la retenir. Mais moi, je suis là, j'attend son retour, j'attend le retour de ma raison d'être.
Je sais que je ne la reverrais pas. Ma raison d'être est trop belle, trop parfaite pour hanter mon esprit. Ma raison d'être n'est plus là, coincée dans mon hémisphère gauche.

 desarroi lacrymal

La sécheresse qui coule de mes yeux me terrifie. La libération lacrymale ne m'est pas due. Ma douleur se complait dans mon esprit. Ne plus pleurer son sort, c'est vivre avec celui-ci. La souffrance devient habituelle, les habitudes font souffrir. Quand tous les rêves se meurent, vivre devient un cauchemard. Les gouttes perlant le long de ma joue se sont asséchées. J'ai perdu la saveur de mes larmes salées. Je ne pleure plus.

 spleen du rail

Je me fixe dans la vitre. Je ne bouge pas et le monde se présentant derrière file et défile. Je devrais peut-être le suivre, franchir la vitre, briser la glace, me saisir du marteau de secours, crier que ma place est à quai, que je veux filer moi aussi.
Je reste là, vissé sur mon siège, attendant, toujours attendre, l'attente perpetuelle sans objet. Ma vie est une succession de train. Monter dans un train, attendre le suivant, monter dans un train, attendre le suivant. Ma patience attend, mon attente patiente. Être assis, contempler mon reflet dans une vitre ayant plus vécu que moi-même, admirer le flot incessant de voitures grises passées et repassées sous mes rétines, négativer sur le monde qui nous entoure, penser à un monde meilleur sans pouvoir l'imaginer, résoudre d'insoluble problème. Les évenements passent, la monotonie reste. Le train arrive à quai et déjà le suivant m'aspire.
Je devrais peut-être refuser de prendre le prochain train, ne plus l'attendre, quitter le circuit ferrovier pour marcher le long des rails, que ce soit moi que l'on voit derrière son reflet. Ne plus attendre de train me menant plus profond vers l'inconnu. Tenter de vivre dans le paysage qui défilait il y a peu sous mes pupilles dilatées, parmis les voitures vertes et les plantes grises. Oublier le monde pour vivre dedans.
Je reste là, vissé sur mon siège, attendant toujours attendre, l'attente perpetuelle sans objet.